Publier une photo de son enfant sur les réseaux sociaux prend quelques secondes. Effacer les conséquences, elles, peuvent prendre des années, voire s’avérer impossibles une fois l’image copiée, partagée ou récupérée par des inconnus. C’est cette réalité brutale qui m’a rattrapée après des années à poster des clichés de ma fille sans me poser de questions. Je pensais simplement partager des souvenirs avec ma famille éloignée. Je ne savais pas que je prenais, chaque fois, une décision qui ne m’appartenait pas entièrement.
Je pensais bien faire en partageant ces moments avec ma famille
Comme beaucoup de parents, j’ai commencé à publier des photos de ma fille dès sa naissance. Un groupe Facebook privé, quelques albums partagés avec mes parents et ma belle-famille qui vivent à plusieurs centaines de kilomètres : rien de spectaculaire, juste l’envie de partager le quotidien avec des proches qui ne pouvaient pas la voir grandir en personne. Les premiers pas, la rentrée scolaire, les vacances à la mer, tout y passait. Je me disais que c’était privé, que seule la famille avait accès, et que cela n’avait rien à voir avec les influenceurs qui exposent leurs enfants à des milliers d’abonnés. J’avais l’impression d’être dans mon droit total, en tant que mère, de décider ce qui pouvait être montré ou non. Cette certitude, je l’ai gardée pendant des années, jusqu’à ce qu’une conversation anodine avec une amie avocate vienne tout remettre en question.
Le jour où tout a basculé : ce que l’avocate m’a révélé sur la loi de 2024
Lors d’un dîner, cette amie, spécialisée en droit de la famille, m’a posé une question toute simple : ma fille avait-elle donné son accord pour les photos que je publiais ? J’ai ri, un peu gênée, avant de comprendre qu’elle ne plaisantait pas du tout. Elle m’a expliqué que depuis la loi de 2024 sur le droit à l’image des enfants, les choses ont profondément changé. Ce texte reconnaît que le droit à l’image d’un mineur lui appartient à lui, et pas uniquement à ses parents. Concrètement, cela signifie que l’autorité parentale, qui permettait jusqu’ici de décider seul ou en couple de ce qui pouvait être diffusé, n’est plus suffisante dans certains cas. Elle m’a donné un exemple qui m’a marquée : un enfant de huit ou neuf ans, capable de comprendre ce qu’implique une publication sur internet, peut légalement s’opposer à la diffusion de son image, même si ses deux parents sont d’accord pour la publier. J’ai eu l’impression que le sol se dérobait un peu sous mes pieds en réalisant que je n’avais jamais demandé son avis à ma fille.
Pourquoi l’accord d’un parent ne suffit plus quand l’enfant peut dire non
Ce qui m’a le plus troublée, c’est de comprendre que la notion de discernement change tout. Un bébé ou un tout-petit ne peut évidemment pas exprimer un avis éclairé, et dans ce cas, les parents restent seuls décisionnaires. Mais dès que l’enfant grandit et développe une capacité à comprendre les enjeux d’une photo publiée en ligne, la loi lui accorde un droit de regard, et surtout un droit d’opposition. Cela veut dire qu’un enfant peut refuser qu’une photo de lui soit publiée, même if son père et sa mère sont tous les deux d’accord. Ma fille avait alors dix ans, un âge où l’avocate m’a confirmé qu’elle était clairement considérée comme capable de discernement. J’ai réalisé que je ne lui avais jamais demandé son ressenti sur le fait de se retrouver, encore et encore, exposée aux regards de dizaines de personnes, même dans un cadre familial. Ce n’était plus une question de confiance envers mes proches, mais une question de respect de sa personne et de son droit à choisir ce qui la représente ou non.
Ce que je fais différemment aujourd’hui pour protéger ma fille
Après cette conversation, j’ai supprimé l’ensemble des photos publiées depuis sa naissance, y compris dans le groupe familial que je pensais parfaitement sécurisé. J’ai ensuite pris le temps d’en discuter avec elle, calmement, en lui expliquant ce que je venais d’apprendre. Aujourd’hui, voici les principes que j’applique systématiquement :
- Je demande son avis avant toute publication, même dans un cercle privé.
- Je privilégie l’envoi direct des photos par message plutôt que la publication sur un fil ou un groupe.
- Je respecte son refus quand elle ne souhaite pas qu’une photo soit partagée, sans discuter ni insister.
- Je vérifie régulièrement les paramètres de confidentialité de mes comptes, sans me reposer sur une confiance acquise une fois pour toutes.
Ce changement n’a rien de dramatique au quotidien, mais il a transformé ma manière de voir les choses. Je ne suis plus la seule gardienne de l’image de ma fille, elle en fait désormais pleinement partie, et c’est exactement ce que prévoit la loi.
Cette expérience m’a appris qu’il ne suffit plus d’être un parent bienveillant pour bien faire, il faut aussi se tenir informé de ce que la loi impose réellement. Le droit à l’image des enfants a évolué, et avec lui notre rôle de parents évolue aussi. Et vous, avez-vous déjà demandé à votre enfant ce qu’il pense des photos que vous partagez de lui ?