On pourrait croire qu’un questionnaire distribué à l’école se limite à des questions sur les copains, la cantine ou les devoirs. C’est en tout cas ce que pensait cette maman quand son fils de 5 ans, en grande section, lui a annoncé qu’il allait bientôt répondre à des questions en classe. Sauf qu’en creusant un peu, la réalité s’est révélée bien différente de l’image d’un simple sondage scolaire anodin. Car dès cette rentrée, près de 10 millions d’élèves, de la maternelle jusqu’au lycée, vont être interrogés sur un sujet autrement plus grave : les violences sexistes et sexuelles qu’ils pourraient avoir subies. Une nouvelle qui a de quoi surprendre, voire inquiéter, les parents qui découvrent ce dispositif au fil des discussions du soir avec leur enfant.
Un questionnaire qui bouscule les habitudes des familles
Chaque année, les élèves français répondent déjà à un questionnaire sur le harcèlement scolaire, en général au moment de la rentrée ou en tout début d’année. Rien de très nouveau jusque-là pour les familles habituées à ce rituel. Mais cette fois, l’exercice change de nature. Le ministère de l’Éducation nationale a décidé d’y intégrer un volet consacré aux violences sexistes et sexuelles, un sujet qui n’était jusqu’alors abordé que de manière marginale dans les précédentes enquêtes sur le climat scolaire. Pour de nombreux parents, l’annonce fait l’effet d’une petite bombe : comment un enfant de 5 ans peut-il être interrogé sur un sujet aussi sensible, sans que cela ne le perturbe ? La question mérite d’être posée, tant elle touche à l’intime, à la confiance et à la place de l’école dans la vie de nos enfants.
Ce que contient réellement ce dispositif national
Concrètement, ce nouveau volet sera intégré au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire, avec une passation prévue en novembre. Il concernera tous les élèves, de la grande section de maternelle jusqu’à la terminale, soit une tranche d’âge extrêmement large. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a été clair sur l’objectif : permettre aux enfants et adolescents de mettre des mots sur des faits qu’ils n’osent pas toujours confier à un adulte. Selon lui, un enfant sur dix serait victime de violences sexuelles en France, un chiffre qui donne la mesure de l’enjeu et explique pourquoi le ministère s’attend à des résultats qu’il qualifie lui-même de sismiques.
Le contenu précis du questionnaire n’est pas encore figé. Il doit être élaboré avec les personnels scolaires, les associations de parents d’élèves et un comité d’experts, dont des pédopsychiatres. Une chose est sûre : les questions ne seront pas identiques pour tous les âges. Un enfant de grande section ne sera évidemment pas interrogé de la même manière qu’un lycéen. Pour se faire une idée du type de formulation employée, on peut se référer aux précédents questionnaires sur le climat scolaire, qui évoquaient déjà, avec des mots adaptés, des situations comme les insultes à caractère sexuel en ligne ou les attouchements.
Voici les principaux points à connaître sur ce dispositif :
- Le questionnaire est anonyme au départ, mais l’élève peut choisir de communiquer son identité s’il souhaite être accompagné
- Les questions sont adaptées à l’âge, avec un vocabulaire différent entre la maternelle et le lycée
- La passation est prévue en novembre, en même temps que l’enquête sur le harcèlement scolaire
- Le dispositif mobilise les personnels sociaux et de santé de l’école pour recueillir la parole des enfants
- Il s’inscrit dans le plan national Brisons le silence, agissons ensemble, déjà déployé depuis 2025 pour les internats et les voyages scolaires
Pour mieux visualiser les différences selon les âges, voici un aperçu synthétique de ce qui pourrait distinguer les niveaux scolaires, sur la base des précédents outils disponibles pour les équipes éducatives.
| Niveau scolaire | Type de vocabulaire | Exemples de situations évoquées |
|---|---|---|
| Maternelle et début primaire | Mots simples, notions concrètes | Toucher qui met mal à l’aise, secret imposé |
| Fin de primaire et collège | Vocabulaire plus précis | Attouchements, insultes à caractère sexuel en ligne |
| Lycée | Termes explicites et détaillés | Voyeurisme, baisers forcés, chantage numérique |
Comment aborder le sujet avec son enfant sans l’inquiéter
Face à cette nouveauté, la première réaction de nombreux parents est de vouloir protéger leur enfant en évitant le sujet, ou au contraire de trop en dire, par peur de mal faire. Ni l’un ni l’autre n’est vraiment nécessaire. Pour un enfant de 5 ans, il n’est pas question de lui expliquer en détail ce que sont les violences sexuelles, mais plutôt de renforcer des notions déjà connues : son corps lui appartient, personne n’a le droit de le toucher s’il ne le veut pas, et il peut toujours en parler à un adulte de confiance. Ces repères, souvent déjà abordés à travers des livres jeunesse ou des discussions informelles, prennent simplement une dimension nouvelle avec ce questionnaire.
Il peut être utile de demander à l’enseignant, en amont, comment le sujet sera introduit en classe, afin de pouvoir en reparler ensuite à la maison avec des mots cohérents. L’essentiel est de rester disponible si l’enfant a des questions ou semble troublé, sans dramatiser la situation. Un ton calme et rassurant reste la meilleure façon d’accompagner ce type de démarche, qui vise avant tout à protéger les enfants, pas à les alarmer.
Ce qu’il faut retenir avant la rentrée 2026
Ce nouveau volet du questionnaire scolaire s’inscrit dans une volonté plus large de mieux repérer les violences faites aux mineurs, dans un contexte où l’école reste l’un des lieux privilégiés pour identifier des situations préoccupantes. Selon les chiffres avancés par le ministère, 88 000 informations préoccupantes ont été signalées en 2025 pour des violences sexuelles ou des défaillances parentales, ce qui donne une idée de l’ampleur du phénomène. L’objectif affiché n’est pas de faire peur aux familles, mais de donner aux enfants un espace pour parler, tout en garantissant qu’une prise en charge sera possible si des faits sont révélés.
Pour les parents, l’enjeu principal reste de rester informés, sans céder à l’inquiétude excessive. Voici quelques réflexes simples à adopter avant la mise en place du dispositif :
- Se renseigner auprès de l’école sur les modalités concrètes du questionnaire
- Aborder le sujet du consentement corporel avec des mots simples, adaptés à l’âge de l’enfant
- Rappeler à l’enfant qu’il peut toujours se confier à un adulte, à l’école comme à la maison
- Éviter de transformer le sujet en source d’angoisse quotidienne
Ce questionnaire, aussi impressionnant soit-il sur le papier, s’inscrit finalement dans une logique de prévention plus que de surveillance. Il vient compléter des dispositifs déjà existants, comme ceux mis en place pour les internats ou les voyages scolaires depuis la rentrée 2025.
Derrière ce simple questionnaire distribué en classe se cache donc un enjeu de société bien plus large : celui de la protection des enfants, souvent invisible tant que la parole n’a pas été libérée. Reste à voir comment les familles, les enseignants et les enfants eux-mêmes s’approprieront ce nouvel outil dès la rentrée. Une chose est certaine : en parler à la maison, calmement, reste le meilleur moyen d’accompagner cette étape sans en faire un sujet de crainte supplémentaire.

